Dans un communiqué publié le vendredi 29 mai 2026, l’AFC/M23 a annoncé la révocation du Recteur de l’Université de Goma (UNIGOM), le Professeur Muhindo Mughanda. Pour justifier cette mesure, l’AFC évoque l’absence prolongée du chef de l’établissement, qui avait quitté la ville de Goma depuis plusieurs mois à la suite de l’évolution du contexte sécuritaire, une absence qui, selon le mouvement, entravait le bon fonctionnement de l’institution. Bien que l’AFC s’appuie formellement sur les textes régissant le personnel de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, cette décision administrative inédite soulève des enjeux majeurs, oscillant entre opportunités et lourds défis.
Bien qu’imposée par un pouvoir de fait, cette révocation offre, sur le plan de l’analyse politique et personnelle, plusieurs perspectives avantageuses pour le Professeur Muhindo Mughanda :
• Une clarification définitive de sa posture politique : Cette mesure émanant directement de l’AFC/M23 rend caduques les accusations de complicité ou de sympathie avec la rébellion qui pesaient parfois sur lui.
• Une mise à l’abri face aux pressions locales : En étant déchargé de ses fonctions, le Professeur Mughanda se libère d’une immense pression de la part des parents et des étudiants, particulièrement exacerbée par la crise sociale, économique et sécuritaire aiguë qui frappe la région.
• La préservation de sa sécurité et de sa notoriété : En s’éloignant physiquement et administrativement d’une zone de turbulences, une cible potentielle se trouve ainsi préservée. De plus, sa résistance institutionnelle confère au Professeur Mughanda une stature et une notoriété renforcées à l’échelle nationale, les prédisposant à d’autres responsabilités à travers le pays.
Les défis cruciaux à relever pour l’UNIGOM
Si la décision allège la position de l’ancien Recteur, elle plonge l’Université de Goma dans une zone d’incertitudes juridiques et administratives complexes :
• La validité des titres académiques : Le défi le plus alarmant concerne l’avenir des étudiants, qui risquent de se heurter à la non-reconnaissance ou à l’invalidité de leurs diplômes et relevés de notes par la tutelle légale à Kinshasa.
• Le statut du personnel resté sur place : Les agents et professeurs continuant d’exercer sous cette nouvelle administration s’exposent au risque d’être qualifiés de collaborateurs par le gouvernement central.
• Le blocage administratif et financier : La transition pose la question cruciale de l’accès légal aux dossiers académiques, aux documents officiels et, surtout, aux comptes bancaires de l’université, indispensables à son fonctionnement.
Un appel à la coresponsabilité
Face à ce séisme institutionnel, les étudiants de l’Université de Goma ne choisissent pas le silence. Lors des échanges avec Ukwelionline ce samedi 30 mai 2026, ils invitent toutes les parties prenantes, le Gouvernement de la République, les responsables de l’Alliance Fleuve Congo ainsi que la Communauté internationale, à assumer pleinement et avec gravité leurs responsabilités respectives afin de préserver l’avenir de la jeunesse.
Pour le remplacer, l’AFC a désigné le Professeur Jean-Baptiste Kakoma Sakatolo Zambeze à la tête d’un nouveau comité de gestion. Ce dernier sera épaulé par le Professeur Richard Kabuyanga Kabuseba (Secrétaire général académique), le Professeur Nzabandora Ndimubanzi (Chargé de recherche), le Chef de travaux Butotima Safari (Secrétaire général administratif) et le Chef de travaux Paluku Malisawa (Administrateur du budget).
Le bilan d’un quinquennat
Le Professeur Muhindo Mughanda quitte la tête de l’UNIGOM après cinq années d’un mandat entamé en septembre 2021, sous la nomination du ministère national de l’ESU. Malgré une fin de mandat marquée par l’exil dans un contexte de vives tensions régionales, son passage à la direction de l’institution restera caractérisé par un élan remarquable de modernisation. Sous sa gouvernance, l’UNIGOM a vu éclore d’importants chantiers d’infrastructures universitaires, la dotation de laboratoires modernes et une politique ambitieuse de formation des formateurs, laissant derrière lui un héritage académique indéniable.

Rédaction
Ukweli Online















Leave a Reply