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Tujenge Amani Kwa Ukweli

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COLLOQUE – UAC : L’urbanisation galopante à l’est de la RDC met-elle en péril l’identité coutumière des familles ?

A ce deuxième jour du colloque scientifique organisé par l’Université de l’Assomption au Congo (UAC), l’intervention du Professeur Jules Katsurana de l’Université de Goma portant sur « La Migration, Urbanisation et ambiguité juridique du statut des familles orniginaires des villes en RDC a suscité la curiosité scientifique et captivé l’auditoire en abordant un angle mort du développement urbain : l’ambiguïté juridique et la fragilisation culturelle des familles originaires des milieux en pleine métamorphose urbaine.

S’appuyant sur des données statistiques récentes et une projection sur un demi-siècle, le chercheur a d’abord dressé un état des lieux saisissant de la dynamique démographique dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Le constat est sans appel : les villes de l’Est de la RDC connaissent une croissance exponentielle.

Selon les chiffres présentés, la ville de Beni culmine en tête avec une population estimée à 1 342 538 habitants (données 2024), talonnée de près par Butembo qui franchit la barre des 1 283 956 habitants en 2025, même si dans l’opinion on pense que la ville de Butembo serait un peu en avance par rapport à celle de Beni, du point de vue démographique. Par ailleurs Goma (1 165 913 habitants en 2023) et Bunia (804 285 habitants en 2024) confirment cette tendance lourde d’une urbanisation à marche forcée, portée par des flux migratoires complexes. L’étude révèle par ailleurs une légère prédominance féminine dans toutes ces agglomérations, représentant généralement entre 50,5 % et 53,9 % de la population globale.

Le choc des statuts : quand la ville « avale » le village

Le cœur de la réflexion du Dr Katsurana a mis en lumière un paradoxe sociologique : le déséquilibre de statut entre les populations immigrées et les natifs (ou autochtones). Le modèle migratoire présenté expose une dynamique à double vitesse. D’un côté, les populations nanties des villages migrent vers les centres urbains régionaux, tandis que les élites urbaines originaires se déplacent vers d’autres grandes métropoles. De l’autre, les franges les moins nanties des communautés rurales restent bloquées à la périphérie ou subissent de plein fouet l’extension spatiale des villes.

Le problème majeur réside dans l’ambiguïté de l’identité coutumière. En RDC, la structure administrative sépare distinctement les « villes et communes » (gouvernées par le droit moderne) des « chefferies et groupements » (régis par l’administration coutumière). Dès lors, une question juridique et existentielle surgit : les anciens villages absorbés par l’extension des limites urbaines appartiennent-ils encore à leur entité coutumière d’origine ?

L’analyse de terrain menée par l’orateur révèle un détachement institutionnel inconscient. Les familles d’informateurs clés continuent de considérer juridiquement leurs terres et leurs foyers comme faisant partie intégrante des groupements et chefferies traditionnels, alors qu’en réalité, l’urbanisation les a administrativement rattachés aux communes urbaines, rompant ainsi les liens légaux avec l’autorité coutumière.

Un patrimoine culturel immatériel en sursis

Cette transition subie ne se fait pas sans casse identitaire. L’enquête présentée à l’UAC indique que les familles originaires sont pleinement conscientes du risque d’extinction de leur patrimoine culturel immatériel, bien qu’elles se sentent impuissantes pour faire valoir leurs droits.

Parmi les traits culturels jugés en péril ou menacés de disparition à cause du cosmopolitisme urbain, les enquêtés citent massivement :

  • La langue locale
  • Les élans de solidarité communautaire
  • Les danses traditionnelles
  • La toponymie (le nom d’origine des lieux, souvent effacé par de nouvelles appellations urbaines)

Face à ce péril, un cri de cœur a été lancé par les communautés interrogées pour protéger à tout prix trois piliers fondamentaux de leur identité : la langue maternelle, l’hospitalité légendaire et le respect des valeurs ancestrales.

Quelles perspectives pour un développement durable ?

En guise de conclusion, les débats de cette deuxième journée de colloque ont insisté sur l’urgence de formuler de nouvelles perspectives politiques et juridiques. Pour que la restructuration familiale rime avec développement durable, il est impératif que les urbanistes, les législateurs et les leaders d’opinion intègrent des mécanismes de protection du patrimoine culturel immatériel dans les plans d’aménagement des villes en RDC. Sans cette conciliation entre modernité administrative et reconnaissance de l’autochtonie, les villes de l’Est risquent de devenir des espaces de croissance sans âme, coupés de leurs racines historiques.

Visesa Louangel

©Ukweli Online

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