L’Évêque du Diocèse de Butembo-Beni, Mgr Sikuli Paluku Melchisédech, monte au créneau face à la crise sécuritaire aigüe qui frappe la partie orientale de la République Démocratique du Congo traverse. Dans un message pastoral publié le 3 juin 2026, le prélat catholique fustige l’obstination des dirigeants congolais à vouloir réviser la loi fondamentale, estimant que la priorité absolue doit être accordée à la restauration de la paix et non à des calculs politiques.
Dans une déclaration officielle intitulée « Nous voulons d’abord la paix », Monseigneur Sikuli Paluku dresse un constat amer de la fracture qui sépare la classe politique congolaise de la réalité du terrain. Pour le pasteur de Butembo-Beni, l’urgence brandie à Kinshasa autour d’une modification constitutionnelle cache mal une indifférence face aux souffrances des populations du Nord-Kivu et de l’Ituri.
« Nous constatons avec amertume un hiatus entre les préoccupations des politiciens et les besoins réels et légitimes des Congolais et des Congolaises », tranche le prélat.
L’Ordinaire du lieu dénonce une « obstination incompréhensible » de la part des gouvernants à activer le processus de changement de la Constitution au moment précis où une partie du territoire national subit une occupation étrangère.
Le décompte macabre de l’insécurité
Pour justifier sa position, l’Évêque rappelle les faits dramatiques et récents qui endeuillent sa juridiction ecclésiastique :
• Massacres à Beni : Dans la nuit du 30 au 31 mai 2026, une incursion attribuée aux rebelles ADF-Nalu a coûté la vie à 21 personnes tuées à l’arme blanche. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 2 au 3 juin, 16 autres civils ont été lâchement exécutés dans l’agglomération de Mbau.
• Insécurité routière et rurale : Les axes Beni-Mambasa et Butembo-Manguredjipa subissent la loi des groupes armés, entraînant la mort d’otages, le blocage des activités agricoles et le dysfonctionnement des structures sanitaires et scolaires.
• Banditisme urbain et virus : À ce tableau sombre s’ajoutent la montée de la criminalité à Butembo et Beni, ainsi que la résurgence de la Maladie à Virus Ebola (souche Bundibugyo).
Face à cette accumulation de drames, Monseigneur Sikuli estime qu’orienter les efforts de l’État vers des réformes juridiques institutionnelles relève d’un contresens historique.
« Ce n’est pas le changement de la Constitution qui arrêtera les massacres »
S’adressant directement au peuple congolais, l’Évêque met en garde contre les manipulations politiques et rejette l’illusion selon laquelle une nouvelle Constitution ou un référendum réglerait les crises du pays.
« Ce n’est pas le changement de la Constitution qui arrêtera les massacres dont nous sommes des victimes. Ce n’est pas non plus un référendum qui améliorera automatiquement nos conditions sociales de vie », insiste-t-il fermement.
Le prélat redoute d’ailleurs que ces manœuvres politiques ne fassent qu’accentuer les divisions et « plonger davantage le pays dans le chaos » à l’approche du 66ème anniversaire de l’Indépendance de la RDC. Pour lui, la véritable priorité est d’abord une conversion des cœurs et des mentalités.
Un appel ferme aux institutions
En conclusion de son message, l’Evêque du diocèse Catholique de Butembo-Beni lance une série d’interpellations directes :
- Au Président de la République : Il lui demande de se focaliser en priorité sur la restauration de la paix sur toute l’étendue du pays et de se rappeler que « la finalité du pouvoir, c’est d’abord le service du peuple ».
- Aux Députés et Sénateurs : Il les appelle à ne pas être « complices des malheurs de leurs frères » par une « politique du ventre et de la peur » qui brise la cohésion sociale.
- Aux Forces de l’ordre : Il exhorte l’armée et la police à se remettre en question pour assurer l’efficacité de leur mission de défense de l’intégrité territoriale.
Pour l’Église locale, le droit fondamental de la population congolaise est de vivre dans la dignité, la justice et la paix. Une paix qui, visiblement, ne s’écrira pas à coups de réformes constitutionnelles.
Visesa Louangel
Ukweli Online















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