C’est dans le cadre du Colloque Scientifique 2026, ouvert ce vendredi 15 mai 2026 à l’Université de l’Assomption au Congo (UAC) à Butembo, autour du thème central « Restructuration familiale et développement durable » que le Professeur Wilfrid Kibanda a partagé une réflexion poignante sous l’intitulé précis de sa communication, «Mobilité de travail, redistribution des rôles familiaux et dynamiques psychosociales : Analyse qualitative des stratégies de survie des familles de Beni et Lubero».
Le chercheur a démontré comment l’insécurité rurale chronique pousse les chefs de ménages vers une migration économique forcée (notamment vers l’Ituri). L’enseignant-chercheur a d’abord démontré que l’insécurité ne détruit pas seulement le tissu économique, mais qu’elle pousse de nombreux chefs de foyers vers une mobilité de travail transfrontalière ou interprovinciale, notamment vers l’Ituri, brisant ainsi brutalement la cohésion affective et la structure traditionnelle de la famille.
Sur le terrain, ce phénomène de migration économique forcée impose une redistribution des rôles extrêmement lourde à porter pour les membres restés au foyer. L’analyse du chercheur révèle que la séparation prolongée s’accompagne d’un coût psychosocial exorbitant, marqué par une souffrance émotionnelle aiguë chez les enfants et une recrudescence des tensions conjugales exacerbées par la distance. Le Professeur Kibanda a identifié deux trajectoires distinctes au sein de la communauté : d’un côté, des familles dites « résilientes », qui parviennent à maintenir une communication régulière et une solidarité renforcée ; de l’autre, des ménages qui sombrent dans une « crise générale », caractérisée par une détresse psychologique profonde, une rupture des soutiens matériels et une délinquance juvénile accrue due au vide parental.
Face à ce diagnostic préoccupant, l’orateur a formulé des recommandations stratégiques d’ordre social et psychosocial afin de stabiliser durablement les cellules familiales. Le Professeur Wilfrid Kibanda préconise en priorité la création d’emplois de proximité, adossés au développement d’une agriculture locale respectueuse des exigences du développement durable, pour éviter l’exode des forces vives de la région. Pour soigner les traumatismes invisibles liés à l’absence, il recommande l’institutionnalisation d’un accompagnement psychosocial obligatoire dispensé par des experts en la matière, tout en encourageant les mécanismes communautaires facilitant des visites régulières entre les membres séparés afin de préserver le lien affectif.
Sur le plan politique et structurel, le chercheur insiste sur le fait qu’aucune transition économique ou sociale ne sera viable sans une restauration immédiate de l’autorité de l’État. Sa recommandation fondamentale exige du Gouvernement une sécurisation rigoureuse et urgente des zones rurales, condition sine qua non pour favoriser l’installation paisible ainsi que le retour des familles entières sur leurs terres d’origine. Les participants au colloque de l’UAC ont salué la pertinence de ce plaidoyer qui place la stabilité du foyer au cœur des politiques publiques de l’emploi en RDC. Les riches échanges suscités par cette grille de lecture se poursuivront à Butembo, car les travaux scientifiques de ce colloque de haut niveau continueront demain, samedi 16 mai 2026, avec les contributions d’autres experts d’universités nationales et internationales.
HANGI MULEKYA Ghislain
©Ukweli Online












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