Ce n’est pas seulement un cadre de l’AFC/M23 qui a été abattu de sept balles devant sa résidence à Goma, c’est une voix qui commençait à gronder trop fort. L’assassinat de Magloire Paluku, ancienne plume acérée de la presse congolaise devenue figure de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), lève le voile sur un malaise profond : celui des « alliés de l’intérieur » sacrifiés dès lors qu’ils contestent une hiérarchie perçue comme injuste.
Le point de rupture est désormais audible. Une note vocale WhatsApp, fuitée au lendemain de son exécution, révèle un homme étranglé par un sentiment d’injustice. Magloire Paluku y fustigeait le manque de reconnaissance du mouvement à son égard.
Sa colère visait particulièrement la nomination de Manzi Willy au poste de vice-gouverneur du Nord-Kivu. Pour Paluku, Manzi Willy était un « homme venu de nulle part », dont la promotion fulgurante symbolisait le mépris de l’AFC pour les cadres congolais ayant milité sur le terrain. Ses propos dépeignent une réalité brutale : celle de Congolais d’origine utilisés comme cautions morales, mais systématiquement écartés des postes de décision au profit de profils parachutés.
Avant de basculer dans la rébellion, Magloire Paluku a marqué l’histoire médiatique de l’Est de la RDC. Journaliste emblématique de Radio Kivu 1, il était reconnu pour son analyse fine et son éloquence. Son expertise l’avait conduit jusqu’aux sphères du pouvoir à Kinshasa, où il a servi l’État en tant que Conseiller au Ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine.
Le contraste entre la vie passée de Magloire Paluku et ses derniers mois au sein de l’AFC est saisissant. En intégrant la rébellion, l’ancien conseiller ministériel a opéré une descente aux enfers statutaire que peu imaginaient :
- Au Ministère de la Culture : Il occupait une fonction de prestige, traitant des dossiers de souveraineté, de patrimoine national et d’identité culturelle. Il était un artisan de la construction de l’image de la nation.
– Au sein de l’AFC : Il a été réduit à un rôle de propagandiste de seconde zone, chargé de polir l’image d’un mouvement armé et de justifier l’injustifiable. De l’élaboration de politiques culturelles nationales, il est passé à la rédaction de communiqués de guerre, souvent ignoré par une hiérarchie militaire qui ne voyait en lui qu’un outil de communication interchangeable.
Cette déchéance, qu’il semble avoir réalisée trop tard, a nourri sa « grogne ». Il s’est retrouvé à servir une cause qui, au lieu de l’élever, l’a « clochardisé », le dépouillant de son aura passée pour ne lui laisser que l’amertume.
L’assassinat de Paluku par sept balles de précision envoie une onde de choc glaciale parmi les autres Congolais ayant rejoint l’AFC. Pour eux, le message est limpide : la loyauté ne garantit pas la survie.
On observe désormais une psychose silencieuse chez ces cadres congolais qui réalisent qu’ils sont pris au piège. Ils voient en la mort de Paluku leur propre sort potentiel :
– L’impuissance : Ils attendent, souvent sans protection réelle, que le « premier cercle » de la rébellion décide de leur utilité ou de leur fin.
- La peur du retour : Incapables de retourner vers Kinshasa après leur trahison, et désormais menacés de l’intérieur par l’AFC s’ils contestent, ils vivent dans une attente funèbre, spectateurs de leur propre déclin.
– Le plafond de verre : La mort de Paluku confirme que pour un Congolais d’origine, l’ascension au sein de ce mouvement est un mirage.
Alors que l’émotion gagne Goma, l’état-major de l’AFC/M23 reste muré dans un silence de plomb. Aucune condamnation ferme, aucune promesse d’enquête. Pour de nombreux observateurs, ce mutisme vaut aveu : Magloire Paluku est mort pour avoir osé réclamer une dignité que la rébellion n’est visiblement pas prête à accorder à ses alliés de circonstance.
Rédaction
©Ukweli Online











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