L’Est de la RDC est confronté à une crise sécuritaire chronique dans le Nord-Kivu (Beni-Lubero) et l’Ituri. Pour M. Edgar Mateso, analyste politique, la persistance des atrocités des ADF n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’une série d’échecs stratégiques et d’un déficit de volonté politique. Son analyse se déploie autour de cinq points critiques, le dernier étant une exigence de transparence pour restaurer la confiance de l’État.
1. La faiblesse de la priorité opérationnelle
M. Edgar Mateso observe une incohérence majeure :
« Il est politiquement incohérent que, après plus d’une décennie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, l’éradication totale des ADF et la protection des populations ne soient pas l’objectif unique et prioritaire de la politique de défense de la RDC. Cela suggère que la crise sécuritaire n’est pas traitée au niveau stratégique qu’elle mérite. »
2. Le défi de la souveraineté judiciaire : l’affaire Jamil Mukulu
L’analyste pointe l’échec diplomatique et juridique dans la gestion du chef des ADF.
»La non extradition de Jamil Mukulu jusqu’en RDC où il est responsable de plusieurs crimes imprescriptibles et son jugement imminent en Ouganda sans que la RDC ne se constitue en partie civile est un renoncement manifeste à notre souveraineté judiciaire. Cela envoie un signal fort de faiblesse à la communauté internationale quant à notre capacité à exiger justice pour nos propres citoyens sur des crimes commis sur notre propre territoire. »
3. L’énigme de l’impuissance sécuritaire coordonnée
M. Mateso s’interroge sur l’efficacité des troupes déployées :
»Le paradoxe est frappant : malgré la forte présence des FARDC, de l’UPDF et des VDP, avec l’appui de la MONUSCO, … les massacres odieux persistent. D’un point de vue stratégique, cela implique une faille profonde – soit dans la doctrine d’emploi, soit dans la coordination opérationnelle, soit, hypothèse plus grave, due à une infiltration qui neutralise l’action militaire. L’inefficacité à prévenir les attaques est une responsabilité hautement politique. »
4. L’obstruction au démantèlement des réseaux de soutien
Le manque d’action judiciaire interne est, selon notre analyste, un facteur de pérennisation des ADF :
« Le fait que le procès contre les personnes arrêtées pour complicité avec les terroristes ADF tarde à être instauré est un blocage politique. Sans démantèlement judiciaire des réseaux logistiques et financiers, le socle de survie des ADF reste intact. L’absence de volonté d’ouvrir ces dossiers de haute trahison mine la lutte contre le terrorisme de l’intérieur. »
5. Le vecteur de la confiance publique : la publication d’un Livre Blanc
Pour M. Edgar Mateso, le rétablissement de la confiance et la démonstration d’une volonté politique ferme passent par la transparence totale :
»Face à l’opacité et aux suspicions qui entourent les points 2 et 4, il est désormais impératif que le Gouvernement publie un « Livre Blanc » sur la crise ADF. Ce document devrait détailler de manière exhaustive les obstacles juridiques et diplomatiques rencontrés dans le dossier Jamil Mukulu, ainsi que les raisons politiques et logistiques qui freinent l’instauration des procès pour complicité interne. La publication de ce « Livre Blanc » est le cinquième vecteur stratégique : un outil d’obligation de rendre compte indispensable pour regagner la légitimité et le soutien des populations de l’Est. »
En conclusion, M. Edgar Mateso estime que la RDC doit passer de la posture réactive à une stratégie proactive, où la transparence politique et l’action judiciaire ferme deviennent les piliers de l’éradication des ADF.
La Rédaction
©Ukweli Online















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