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Butembo : Les meurtres du Policier Ngike et de M. Destin Muhindo, autopsie d’une faillite stratégique par Jules Vayikehya

La ville de Butembo est plongée dans une profonde affliction après l’assassinat tragique du policier Ngike à Lusando et du jeune Destin Muhindo Tedeka à Kihate, survenu le mercredi 7 janvier 2026. Interrogé ce jeudi par Hangi Mulekya Ghislain de Ukwelionline.net, Monsieur Jules Vayikehya, stratège issu du Collège de Hautes Études de la Sécurité et de la Défense (CHESD), a livré un diagnostic chirurgical sur la dérive sécuritaire actuelle.

Pour ce spécialiste, l’efficacité de l’État de siège est compromise par trois failles majeures qu’il convient de corriger d’urgence:

D’abord, le stratège pointe une absence de veille informationnelle efficace. Dans une zone caractérisée par un foisonnement incontrôlé de porteurs d’armes — mêlant la PNC, les FARDC, l’UPDF, divers groupuscules de VDP (Wazalendo) et des bandes criminelles — l’identification de la menace est devenue quasi impossible. « On ne sait plus qui fait quoi, comment, avec qui, où et quand », déplore Jules Vayikehya. Cette opacité informationnelle permet aux réseaux de braqueurs de motos (DK et Boda-boda) de terroriser les communes de Kimemi et Bulengera sans craindre d’être infiltrés ou démantelés.

Ensuite, l’expert du CHESD dénonce un manque d’anticipation stratégique et opérationnelle. Les autorités semblent systématiquement condamnées à courir après les événements. Ce déficit de prévoyance explique pourquoi les affrontements May-May du début d’année ont pu se propager jusqu’au centre-ville, et pourquoi l’assassinat du « Général Tango Fort » le 5 janvier a débouché sur l’exposition inhumaine de sa dépouille au Parlement Debout de Furu. Sans scénarios d’anticipation, les services de sécurité restent impuissants face à la montée des tensions prévisibles.

Enfin, Jules Vayikehya souligne une insuffisance criante d’harmonie opérationnelle entre les différents porteurs d’armes. Cette cacophonie sur le terrain paralyse toute intervention rapide. C’est cette désunion qui a empêché les forces loyalistes de s’interposer lors de la mort d’une étudiante de l’ISTM à Musimba le 12 novembre dernier. L’absence d’une unité de commandement fluide entre les forces régulières et leurs alliés de circonstance crée un vide sécuritaire où seule la loi du plus fort finit par s’imposer.

Au-delà de cette criminalité urbaine, le stratège rappelle que Butembo demeure sous une pression géopolitique et militaire extrême. La ville se trouve actuellement dans un étau dangereux :

  • Au Sud, la menace persistante des rebelles du M23 qui continuent de déstabiliser la province.
  • À l’Ouest et au Nord, la progression sanglante des terroristes des ADF qui encerclent progressivement les axes vitaux de la région.

Cette double menace de la ville rend la faillite de la sécurité intérieure d’autant plus préoccupante. Si l’État n’est pas capable de sécuriser ses propres quartiers contre des bandits de nuit, comment pourra-t-il garantir l’intégrité de la ville face à des forces organisées comme le M23 ou les ADF ?

Pour ce stratège, la survie sécuritaire de Butembo dépend désormais de la restauration et de la réhabilitation de l’autorité de l’État. Il ne s’agit plus seulement de gérer une crise, mais de réaffirmer la primauté de la puissance publique sur tous les autres acteurs armés. Pour honorer la mémoire du policier Ngike et de Destin Muhindo, l’État de siège doit impérativement s’amender pour redevenir l’unique garant de l’ordre et le dernier rempart contre les agressions extérieures.

HANGI MULEKYA Ghislain

©Ukweli Online

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