La résilience du peuple Yira/Nande est-elle en train de s’effriter face aux sirènes du clientélisme politique ? C’est le constat alarmant dressé par Jules Kasereka Vayikehya, un des Notables du Nord-Kivu lors d’un entretien avec UKWELI ONLINE. Il a fait une analyse pointue d’une identité communautaire à la croisée des chemins.
Au cours de cet entretien diagnostique, le notable analyste articule son argumentaire sur trois axes: d’abord, il présente le « Silwa Mughuma » comme un modèle du développement autonome; ensuite, il alerte sur le piège de la dépendance politique et enfin, il lance un appel au sursaut collectif.
Le « Silwa Mughuma » : Un moteur de développement autonome
Historiquement, le Nord-Kivu s’est construit loin des bureaux de l’administration centrale. Pour Jules Kasereka Vayikehya, cette force résidait dans une philosophie d’action collective sans faille.
« Le peuple Yira/Nande a bâti sa réputation sur deux piliers essentiels : la résilience et l’esprit d’initiative. Cette identité s’est affirmée aussi bien dans l’entrepreneuriat que dans le développement communautaire et la solidarité sociale. »
Cette solidarité n’était pas un vain mot, mais une organisation structurée. L’analyste rappelle que la communauté avait érigé un système de protection sociale avant l’heure :
« Ces initiatives, fortement mobilisatrices, reposaient sur une philosophie communautaire résumée par l’expression « silwa mughuma », traduisant l’idée que le risque n’épargne personne. »
Le piège de la dépendance politique
Le tournant semble s’être opéré récemment. L’intérêt croissant pour la « chose politique », stimulé par l’étalage des privilèges parlementaires, a transformé le citoyen-acteur en citoyen-attentiste. Vayikehya pointe du doigt une rupture de contrat avec les valeurs ancestrales :
« Avec la montée en puissance de la politique, notamment après la médiatisation en 2022 du salaire des députés par un élu du Nord-Kivu, on observe un glissement progressif vers une logique d’attentisme. Les initiatives locales tendent à s’affaiblir, laissant place à une dépendance croissante vis-à-vis des acteurs politiques. »
Ce constat est amer : là où l’on construisait des écoles et des ponts par cotisation communautaire, on attend désormais le passage d’un candidat ou d’un élu pour poser la première pierre.
L’appel au sursaut collectif
Face à ce qu’il qualifie de dérive, Jules Kasereka Vayikehya appelle à un retour aux sources. Pour lui, la politique ne doit être qu’un outil au service d’une vision déjà établie par la base, et non une béquille qui paralyse l’initiative.
« La politique, par nature, peut être manipulatrice et parfois divisionniste lorsqu’elle n’est pas encadrée par des valeurs solides. Elle ne doit pas devenir un substitut à l’effort collectif ni un facteur de désintégration sociale. »
Le message final est une exhortation à la dignité et à l’action immédiate. Pour l’analyste, la survie culturelle et économique de la région en dépend :
« Revenir à l’esprit du « silwa mughuma », c’est réaffirmer que le destin collectif ne se construit ni dans l’attente ni dans la dépendance, mais dans l’engagement, la responsabilité et l’action. L’avenir du peuple Yira/Nande ne se mendie pas — il se bâtit. »
Hangi Mulrkya Ghislain
©Ukweli Online












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