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Tujenge Amani Kwa Ukweli

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OICHA : Entre promesses de Kinshasa et sang versé, le président de l’assemblée appelle à une patience qui s’épuise

Ce vendredi 20 février 2026, le ciel d’Oicha était lourd d’une attente désespérée. Une foule immense s’est amassée pour écouter Aimé Boji Sangara. Pour le Président de l’Assemblée Nationale, il s’agissait d’une mission de réassurance ; pour les habitants, c’était peut-être l’ultime chance de croire en un État dont l’absence se compte en décennies de deuil.

Accompagné du gouverneur militaire et d’une cohorte d’élus, le speaker de la Chambre basse est arrivé à midi alors qu’il était attendu depuis les premières heures matinales. Il était porteur d’un message qui se voulait un baume sur des plaies encore béantes de massacres, de guerre et d’insécurité.

D’un ton grave, Aimé Boji Sangara a tenté de justifier la lenteur de la machine sécuritaire face à la nébuleuse ADF et à l’offensive du M23.

« La guerre, mes frères, peut commencer aujourd’hui, mais pour la finir, ce n’est pas aujourd’hui. C’est pourquoi nous vous demandons d’être patients », a-t-il lâché devant une assistance dont la résilience frise l’héroïsme.

Affirmant que « le Président ne dort pas » et que la paix reste la priorité absolue, le speaker a tenté de sceller un pacte de vérité. Pourtant, dans la foule, les visages restaient de marbre. Comment demander de la patience à une mère qui ne peut plus accéder à son champ sans risquer la décapitation ? Comment parler de « processus » à une jeunesse qui a grandi au rythme des oraisons funèbres ?

Si Aimé Boji Sangara a salué la « résistance » des habitants, son discours masque difficilement le sentiment d’abandon ressenti par l’Est. Jusqu’ici, le Parlement a souvent été critiqué pour sa déconnexion, traitant la tragédie du Grand-Nord comme un point divers à l’ordre du jour plutôt que comme une urgence nationale absolue.

En appelant à la « collaboration » avec les forces de défense, le président de l’Assemblée renvoie une part de la responsabilité aux victimes. Une pilule difficile à avaler pour une population qui a l’impression de payer, seule, le prix de l'inefficacité des politiques sécuritaires et du manque de moyens alloués à ceux qui se battent au front.

Après les mots, les gestes. La visite de la maternité de l’Hôpital général d’Oicha et les consultations avec les forces vives ont permis de confronter les « cahiers de charges » de la base à la rhétorique de Kinshasa.

  • La demande est simple : pouvoir retourner aux champs.
  • L’exigence est claire : que l’autorité de l’État ne soit plus un concept de bureau, mais une réalité sur chaque sentier forestier.

« Nous voulons qu’il applique ce qu’il a dit », résumait un père de famille en quittant le rassemblement. Un avertissement à peine voilé : à Oicha, les promesses ne suffisent plus à couvrir le bruit des armes.

En quittant la commune rurale pour Butembo, Aimé Boji Sangara a emporté avec lui les cris étouffés d’un peuple qui ne demande pas de longs discours, mais le droit le plus élémentaire : celui de rester en vie.

Hangi Mulekya Ghislain,

©Ukweli Online

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